MadBlog
Tuesday 31 January 2006

L'outil du futur ...

Un récent article de Tristan Nitot sur les opérateurs télécom traditionnels versus VoIP m'a fait à nouveau réfléchir sur la téléphonie mobile en particulier, et les Portable Devices en général.

SK65 Les opérateurs téléphoniques sont en train de rater complètement un axe de développement, dont pourtant je serais un client complètement dépendant : le lecteur de mail mobile. Je possède un téléphone mobile de geek (cf photo), équipé du logiciel de lecture de mails des BlackBerriesâ„¢, et pourtant, ça ne me satisfait pas.

L'ergonomie de ces téléphones est lamentable

Si le clavier pivotant est une riche idée, rendant la frappe de mails presque supportable, le reste n'est pas à la hauteur. Et ceci est vrai pour tous les téléphones que je peux voir : l'écran est ridiculement trop petit pour lire quoi que ce soit d'utile dessus. Dans ce sens, seul les PDA ont une chance sur le marché des lecteurs de mails portables.

Les interfaces sont lentes, à en vomir. Le java, sur un téléphone portable, c'est une aberration. Autant sur un ordinateur puissant (et surtout avec beaucoup de mémoire) des technologies comme un JIT permettent de s'abstraire des lenteurs du langage, et de la complexité du code généré par les approches éléphantesques (UML, POO, héritages de classes — de préférence sur beaucoup de niveaux — et autres pratiques automatiques dans Eclipse…) mais il est inconcevable d'avoir ce genre de choses sur un dispositif embarqué. Lorsque je vois ce que peut faire mon palm (dont l'OS est écrit en C) et ce que mon téléphone dernière génération (de 3 ans plus récent) fait, alors que son processeur est sans doute au moins aussi puissant que le palm, ça me donne envie de pleurer.

Messieurs les constructeurs de smartphones : vos téléphones, c'est de la crotte.

C'est trop cher, trop compliqué, trop bridé

Comme le fait remarquer Tristan Nitot dans son article, des solutions commencent à voir le jour pour que les téléphones portables soient çapables, lorsque du WiFi est disponnible, d'automatiquement utiliser cette source de réseau, au lieu du GPRS. Combiné avec des initiatives telles FON, ça devient particulièrement intéressant. Et c'est d'ailleurs la conclusion de Tristant Nitot.

Mais les téléphones grand public sont complètement bridés. On ne peut rien faire avec qui pourtant serait astucieux. En vrac, quelques idées de ce que pourrait faire un téléphone portable bien conçu :

  • utiliser la ligne fixe de la maison via un relai astucieux sur la prise téléphonique (pourquoi diable lorsqu'on est chez soi, on ne peut pas utiliser son téléphone portable — qui a de gros avantages sur la ligne fixe comme : pas de fil, kit main libres, … — tout en passant par l'abonnement de la ligne fixe ? mystère …
  • avoir du wifi en standard, et être çapable de l'utiliser en lieue et place du GPRS partout où c'est possible (certes, le Beautiful Phone arrive, mais c'est le seul que je connaisse qui fasse ça)
  • jeter MMS qui est une pompe à fric[1] mais ne sert a rien, puisque ça n'est pas interopérable avec les canaux de communications électroniques classiques (mail, IM, IRC, …), ce qui le rend confiné à l'utilisation pour le loisir (et encore …).
  • arrêter le délire 3G-vidéo-conférence. La 3G ça ne sert pas à faire de la vidéo conférence sur un téléphone portable avec un écran timbre-poste, ça sert à avoir un débit vers internet soutenu, pour pouvoir enfin proposer sur les mobiles, des applications réseau populaires dans le monde du PC, tels : client mail (un vrai, pas celui du BlackBerry qui est immonde), client IM (c'est en train de venir, mais pas pour de bonnes raisons je le crains …), browser, lecteur PDF/.DOC/texte. La vidéo sur le portable c'est un foutu gadget, et les opérateurs mobiles ne vendent QUE du gadget, mais rien d'utile.

C'est sur un client mail ça fait pas sexy, et le screenshot d'un client mail sur la dernière pub SFR, c'est moins sexy que le dernier clip de Lorie. Mais bon-sang, pourtant si un opérateur de mail vendait un téléphone dont le client mail était décent, et capable de lire des mails sur un serveur IMAP par exemple[2], je suis sur que les professionnels se l'arracheraient.

Bref ...

Les téléphones portables, c'est un gadget. Comme tout ce qui est inutile, c'est cher, très cher : un abonnement peut vite couter dans les 40-50€ par mois, soit presque 2 fois plus que le 20Mb/s chez free, mais avec quasiment aucun service ou valeur ajoutée … et certainement guère plus de débit qu'un modem 56k. Qu'est ce qui justifie de tels tarifs ?

Des fois je me demande, les gens qui font des téléphones portables, ils s'en servent ?

Notes

[1] et encore…

[2] de telle manière qu'un mail lu sur le téléphone, soit bel et bien marqué comme lu dans le client mail à la maison — et c'est sans doute un des plus gros défauts du blackberry de ne pas le faire.

Sunday 29 January 2006

L'Ipod et le Sénateur

Ipod Je suis tombé récemment sur cette histoire savoureuse d'un Sénateur Américain, à qui sa fille a offert un Ipod, et qui du coup, commence à considérer les technologies DRM d'une toute autre manière. Aussi amusante que cette histoire soit, elle n'est qu'une anecdote, et il ne faut sans doute pas espérer la voir se renouveler souvent. Néanmoins, ça tend tout de même à aller dans le sens de ce que je prétendais il y a deux semaines : les législateurs légifèrent sans savoir vraiment de quoi ils parlent.

En fait, avec tout ça, ce qui est dramatique, c'est qu'en fait, je ne vois personne se demander ce qu'on cherche vraiment à protéger, et qui doit le faire. Les États sont dépassés par la technologie, et mangent dans la mains des industriels qui sont à leurs yeux les seules références en la matière.

Dans la pratique, je considère qu'il existe deux types de contenus : ceux dont la consultation est liée au support, et ceux qui en sont déconnectés (même si le support peut représenter un atout de marketing).

Par exemple, dans la première catégorie se trouvent les livres : même si le contenu (le roman, la nouvelle, ...) est ce qu'on cherche avant tout, le support (le livre, le papier, ...) est primordial lors de la consultation du contenu: lire un livre électronique est bien plus fatigant et bien moins agréable que de l'avoir sur papier. On peut aussi y ranger la peinture, et les œuvres picturales : le support choisi fait partie intégrante de l'œuvre, et il est inconcevable de l'en détacher (sans en changer la nature en tout cas).

Dans la seconde catégorie, on trouve la musique, les films, ... En effet, que la musique soit sur CD, ou sous forme de mp3 (ou tout autre format musical), que le film soit sur DVD ou en DivX, la consultation est la même: le support est un support de stockage, et n'est pas du tout le support de consultation qui est l'écran d'ordinateur, le baladeur mp3, l'écran plasma High Tech, ou la vieille platine de salon.

Dans ces deux cas, je me suis posé la question (à laquelle je ne suis pas sur de savoir répondre de manière générique): lorsque j'achète un contenu d'une de ces deux catégories, qu'est ce que j'achète : le support ? le droit de lire le contenu ? le droit de posséder le contenu ?

Pour un livre, la réponse est très clairement : le support ET le droit de posséder le contenu. Ils sont indissociables. Mais pour une œuvre de la seconde catégorie, des œuvres qu'on pourrait qualifier de 100% numérisables, ça me parait moins clair.

La position des majors et autres multinationales est clairement que ce qu'on achète est le support : en effet, les DRM qu'ils défendent interdisent de dupliquer le support, et si le support est détruit, alors il faut le racheter pour l'avoir à nouveau. Mais justement, les consommateurs eux, considèrent que ce qu'ils achètent, c'est le droit de posséder cette œuvre, c'est une sorte de licence à vie. Un DVD est vu par le consommateur comme l'achat du droit pour toute sa vie de consulter cette œuvre. Et dans ce sens, il n'achète pas du tout un support, mais une copie originale, qu'il est à sa charge de faire vivre: si le support est détruit, et qu'il n'a pas fait de copie, alors tant pis pour lui. Il a perdu son œuvre.

On pourrait aussi imaginer un monde où le film est gravé à la demande, et où les distributeurs se souviennent de ce que vous possédez comme droits, et dans ce cas, une perte du support de votre coté revient à ne payer que le coût de revient d'un nouveau support, vu que vous vous êtes déjà acquitté du droit de possession de l'œuvre.

Lorsqu'on voit aujourd'hui, qu'un artiste touche à peine 10% de droits sur un CD vendu par exemple (sans doute moins en fait), pareil sur un morceau de musique vendu sur un portail en ligne, ... on se demande si de toute façon, il y a encore de l'espoir pour une autre vision de la propriété intellectuelle que celles que les distributeurs ont imposée.

Tuesday 24 January 2006

Plaques de voitures ...

Ce matin en venant au travail je suivais deux voitures, l'une était immatriculée 42 BSD et l'autre 666 DLL ...

Oui je sais il faut être sacrément dérangé pour l'avoir seulement remarqué, mais bon, c'était trop énorme pour ne pas en parler ;)

Friday 20 January 2006

La justice traite les DRM de vice caché !!!

Le Tribunal de Grande Instance de Paris a condamné le 10 janvier la mise en place de systèmes anti-copie sur les supports numériques des oeuvres, apprend-on aujourd'hui par la voix de l'UFC-Que Choisir.

Très très comique : une jurisprudence qui va à l'encontre de DAVDSI.

Bien sur, ici visiblement le DRM empêchait la lecture du CD sur certains lecteurs, ce n'est donc pas vraiment les DRM qui sont en cause, mais le fait qu'il puissent empêcher le CD d'être lu sur tous les lecteurs. Ça, et le fait qu'il n'était pas expressément indiqué sur le CD qu'il utilisait une protection.

Va-t-on bientôt voir une loi sur la traçabilité des CD ? Avec l'étiquette [ CD 100% sans OGM ] ?

J'aurais voulu être un artiiiiiste !

ThinkGeek T-Shirt J'aurais pu appeler ce billet « de la frustration d'être un informaticien » ... Le terme même d'informatique est creux, tellement il est riche. L'informatique, ca va de savoir taper une lettre dans sa suite bureautique préférée, aux gens qui construisent des processeurs, en passant par la programmation, l'administration système et le graphisme. C'est un peu comme si il existait un vocable qui regroupait tous les corps de métier suivants : secrétaire, électonicien, architecte, concierge et décorateur d'intérieur. Ça vous fait sourire, et pourtant ...

Du coup, les gens (entourage immédiat compris) se font une idée de votre travail quotidien qu'ils interprètent à travers ce que eux connaissent de l'informatique, ce qui dans la majorité des cas revient à savoir installer skype sur son windows, mettre à jour son antivirus, et pour les gens branchés, connaître firefox. Du coup, comme sans doute tous les informaticiens de la planète, j'ai appris à fuir pas mal de situations:

  1. « Toi qui est informaticien ... » : traduction, cette personne veut que vous lui répariez son ordinateur. Seule réaction possible : la fuite !
  2. « Et ce que tu fais, c'est quoi exactement ? » : question qui se veut d'une très grande politesse, mais croyez moi, ceux qui la posent ne veulent pas vraiment que vous leur répondiez. Trois réactions possibles néanmoins :
    • rester évasif, et lasser son interlocuteur à force de généralités ;
    • faire une réponse simpliste, et laisser son interlocuteur inmanquablement reformuler cotre réponse : « ah ce que tu fais c'est donc un peu [ explication complètement à coté de la plaque ] », et acquiescer histoire de ne pas le froisser et d'éviter une seconde explication ;
    • vraiment expliquer ce qu'on fait (à réserver aux gens qui ne veulent pas avoir d'amis, ou être considérés comme des aliens -- ce qui est de toute façon souvent déjà le cas) avec force de détail, jusqu'à ce que la mort de l'interlocuteur s'ensuive.
  3. « tu le vis bien de faire de l'informatique toute la journée ? ça plante pas trop ? » : la seule réaction saine, c'est de fuir, parce que votre interlocuteur aimera encore moins le regard consterné que vous allez lui lancer ...
  4. « ah donc en fait tu es pisseur de code ? » : ne pas tomber dans le côté obscur, se détendre, respirer un bon coup, et surtout, surtout ne pas lui sauter à la gorge.

etc ...

Parce que tout le monde a un ordinateur, tout le monde croit imaginer correctement ce que c'est d'être informaticien ... En fait, je ne suis pas informaticien, je suis programmeur-artiste[1].

Le programmeur est une espèce rare[2] qui s'exprime la nuit. La nuit est la seule période où il est possible de trouver la concentration nécessaire à la programmation : personne ne vous hèle, personne ne vous dérange, et le chat épuisé d'avoir sauté sur votre clavier tout le reste de la journée pendant que vous écriviez des mails importants et tentiez vainement de saisir la pass-phrase de votre clef GPG, préfère se vautrer sur vos genoux. La nuit, aucun mail ne circule, les flux RSS se taisent, le calme se fait.

Et là, la fibre créatrice du programmeur peut s'exprimer, il peut façonner, malaxer, concevoir, créer quoi. Dans le calme de la nuit, la fébrilité nous prend, et là où le béotien voit une ligne de texte incompréhensible, le programmeur voit un koan, une pièce d'un puzzle gigantesque, qui pourtant s'assemble avec grâce et perfection. Et nous entrons dans un autre monde...

Nul autre qu'un programmeur ne sait voir la beauté d'un code qui en quelque lignes fait juste ce qu'il faut, ni plus, ni moins. Nul autre qu'un programmeur ne sera ému de la sobriété élégante d'une récursion. Nul autre qu'un programmeur ne sera séduit par le charme naïf d'un pointeur. Nul autre qu'un programmeur ne sera impressionné par la concision d'un code bien écrit. Il y a dans la contemplation d'un code écrit par un hacker talentueux, le même émerveillement teinté de respect et d'admiration que ce qu'on peut ressentir en observant une toile d'un grand maître, ou en lisant l'oeuvre d'un auteur minutieux.

Oui, lorsque je fais de l'informatique, c'est exactement ce que je ressens. Et à la différence de l'art, il est possible de prendre les oeuvres des autres, et de les apprivoiser, de s'en instruire, de les améliorer, les modifier, les adapter à ses besoins, ce qui procure le plaisir de travailler les matériaux les plus nobles. Et plus le programme avance, moins les bugs sont nombreux, et plus les résultats sont visibles. Et petit programme est devenu grand, il s'étire, se lève ... et marche.

gkrellm à 5h du mat Soudain, inquiétude, le disque dur se met à travailler violemment, et là, la fébrilité déjà haute, se transforme en angoisse. C'est le cron de 5h00 du matin qui fait son updatedb(1). Comment ça, 5h déjà ? Et là c'est la course contre la montre. Il FAUT que ça marche. vite !!! En effet, le programmeur est victime du syndrome de cendrillon[3], passé 6h du matin, l'enchantement tombe. Bientôt les premiers rayons du soleil se lèveront timidement. La pâleur du ciel fera chanter les oiseaux, et là, la déprime s'installera. Il y a chez les programmeurs du monde entier, une haine viscérale de l'oiseau. Son chant, de mauvaise augure, signale la fin de cette période bénie qu'est la nuit, le retour de la vie, France Info fond sur le poste de radio du voisin, des coups de klaxons dans la rue, et le son atroce du réveil matin qui assène la réalité qu'on s'était cachée jusque là : tu as encore passé toute ta nuit à coder.

Les lignes de code s'arrêtent de danser, l'adrénaline retombe, c'est la descente. Le chat s'étire, fait comprendre qu'il a faim. Bahh, ça va après tout, la nuit a été productive ... ça y est, le monde extérieur est revenu à une vitesse normale, le cerveau ralentit, la chaleur remonte dans les mains crispées par la tension, le corps tout entier réclame de la caféine.

:wq

Notes

[1] d'aucuns diront que ça se dit geek.

[2] et sans doute en voie de disparition par dilution, je pense que Daniel ne me contredira pas là dessus ...

[3] mais dans le fuseau horaire Australien.

Wednesday 18 January 2006

Logiciel Libre, plug-in, que peut on mélanger ?

Le but de cet article est très de permettre à chacun de comprendre (le plus objectivement possible) dans quelle mesure on peut mélanger des logiciels libres avec des plugins propriétaires (toute ressemblance avec DAVDSI est bien entendu fortuite).

Cet article se veut (j'espère le réussir) à la portée de tous, informaticien ou non, et les informaticiens me pardonneront mes explications volotairement un peu simplificatrices.

Explications préliminaires

Je me place dans le cadre de programmes compilés, puisque la notion de plug-in n'a pas vraiment de sens sinon (et puis ca compliquerait trop les choses).

compilation : il s'agit (pour faire simple) du processus qui permet de prendre un fichier de source pour faire des fichiers objets (modules).

édition de lien/link: Il s'agit de prendre plusieurs modules, et de les combiner entre eux pour former l'exécutable ou la biliothèque finale. En gros, un fichier objet fait référence à pleins d'autres morceaux de code, et le link, c'est l'action qui permet de bien vérifier qu'on parle de morceaux de code existants.

une bibliothèque partagée: c'est un morceau de programme, mais qui ne se suffit pas à lui même. Il sert à partager du code entre plusieurs exécutables, mais est inutilisable seul.

C'est ici que résident les subtilités qui nous intéressent: un programme peut utiliser des bibliothèques partagées de deux manières assez différentes :

  1. il laisse des trous en plusieurs endroits, qui font comprendre au système d'exploitation qu'il manque des choses pour que le programme fonctionne. Le système d'exploitation va donc lors de l'exécution d'un programme, aller chercher une bibliothèque partagée, et de remplir les trous du programme avec le code qui s'y trouve. Ca veut donc dire qu'un programme qui utilise une bibliothèque partagée (les fameuses .dll sous windows) a besoin que cette bibliothèque soit là pour fonctionner, sinon... il sera inutilisable. Ce mode d'utilisation demande lors de la compilation d'utiliser une opération appelée "édition de liens dynamiques", qui sert à préparer ces fameux trous.
  2. au lieu de laisser des trous, le programmeur met en place un système qui lui permet de charger dans son programme des morceaux de code qui se trouvent dans des bibliothèques partagées, ce qui lui permet d'étendre les fonctionnalités de son programme. Un plug-in, c'est un morceau de code qui s'insère (plug-in) dans le programme. Si le plug-in n'est pas présent, le programme est tout de même lançable, et selon les programmes, il sera parfois possible de l'utiliser avec des fonctionnalités réduites (c'est à dire sans celles qui sont fournies par le plug-in). La distribution du plug-in est donc théoriquement optionnelle, vu que le programme peut fonctionner sans, et de plus, aucune action n'est nécessaire pendant la compilation.

Voilà, c'était un peu technique, mais il fallait en passer par là. Maintenant, le truc rigolo, c'est que les licence des différents composants (exécutable, bibliothèques, et plug-ins) peuvent être très différents les unes des autres, et les ennuis commencent ...

Salade de licences ... tous les assaisonnements ne sont pas bons.

GNU

Il existe dans le monde du libre, vis à vis de l'utilisation des bibliothèques partagées, deux familles de licences. Celles qui autorisent l'édition de lien dynamiques lors de la compilation avec des bibliothèques propriétaires (type BSD, et LGPL) et celles qui l'interdisent (type GPL, QPL, pour autant que je sache MPL -- la licence de la fondation Mozilla et donc de firefox -- et d'autres).

Les licences de type GPL, imposent que tous les composants qui sont liés à un programme soient libres. Il n'est pas possible de distribuer un logiciel sous une license de type GPL sous sa forme binaire si une des biliothèques nécessaire à son bon fonctionnement n'est pas libre. Ca veut dire qu'un logiciel sous licence de type GPL ne peut pas utiliser de bibliothèque partagée non libre. Il serait alors interdit aux distribuer une forme compilée du programme[1].

Les licences de type LGPL/BSD (pour le soucis qui nous intéresse) elles permettent que des programmes soient liés dynamiquement contre des bibliothèques non libres (parfois avec certaines conditions, mais je ne vais pas entrer dans les détails). Néanmoins ceci sous condition que les bibliothèques non libres concernées permettent un tel mélange !!!

Et là, cher lecteur attentif, tu as vu que j'ai (pas très subtilement) évité de discuter du soucis des plug-ins. En effet, comme il ne s'agit pas d'une édition de liens réalisés lors de la compilation, et donc avant distribution, mais en fait d'une extension du code du programme, faite chez l'utilisateur (et il peut faire ce qu'il veut). C'est donc un problème beaucoup plus flou. Pour les licences de type LGPL/BSD, les plugins ne sont pas un soucis. Pour l'autre famille de licence, ca n'est pas clair du tout.

En effet, pour la GPL par exemple, il existe une FAQ qui traite (entre autres) de ce sujet. Étant technique, il est difficile d'expliquer cette FAQ, je vais donc tenter d'en résumer l'idée : si le programme et son plug-in ont des interactions limitées, alors pas de problèmes. Par contre, si le plug-in remplit des taches vitales du programme, et qu'ils collaborent de manière étroite ensemble, alors il s'agit d'une tentative de contournement de la GPL et c'est interdit.

En gros, ca veut dire que (si macromédia le permet) il est possible de distribuer firefox avec le plugin flash, parce que :

  • le plugin flash ne remplit pas une tache vitale de firefox ;
  • firefox ne dialogue pas de manière soutenue avec le plugin : il ne fait que lui dire que le clavier et la souris ont été utilisés, et permet au plugin d'afficher des choses à l'écran. Tout le reste est interne au plugin, et firefox n'en a cure. Et sans le plugin flash, les pages internets en règle générale sont largement lisibles.

Par contre, pour un logiciel qui permet de lire les DVD, il serait vraissemblablement interdit de distribuer un lecteur en GPL avec un plug-in propriétaire permettant de lire le DRM CSS. En effet, sans ce plug-in, il est impossible de lire la grande majorité des DVD (la plupart des DVD commerciaux sont cryptés). De plus, un lecteur vidéo collabore beaucoup avec ce plug-in : il ne peut rien faire sans son autorisation, ou presque, et ne cesse de lui envoyer des données, que le plug-in décode, etc... Il s'agit d'un échange, d'une collaboration. Dans ce cadre, il est impossible de distribuer conjointement un logiciel en GPL et un plug-in propriétaire qui fait du DRM.

Le problème de base n'est donc pas vraiment que la combinaison de plug-ins et de logiciels libres est impossible, c'est surtout que la redistribution d'un tel programme est bien souvent interdit par sa licence sous forme binaire. C'est d'ailleurs un problème que rencontrent déjà par exemple, les gens qui possèdent des cartes graphiques NVIDIA et ATI sous linux, qui lorsqu'ils utilisent les pilotes du constructeurs (pilotes non libres) sont obligés de compiler ces pilotes eux même[2].

Notes

[1] bien sur le programme pourrait être redistribué sous forme de sources, mais vous compilez votre programmes vous ?

[2] au lieu de les voir intégrés au noyau en standard comme pour le reste des cartes vidéos.

Monday 16 January 2006

De la candeur des politiciens ...

À force de parler de DAVDSI, j'ai pris le temps de lire des contenus publiés sur des sites officiels du gouvernement, entres autres :

J'ai été frappé par certains passages des textes que je lisais. Je suis actuellement devant mon clavier, hésitant entre deux sentiments contratictoires: mais qu'ils sont naîfs ou bien ils nous prennent vraiment pour des c*ns!.

Voici deux textes que je cite sans les modifier, le premier est un extrait de l'article 7 du projet de loi, le second la question/réponse 17 déjà épinglée par Tristan Nitot :

Article 7

... Les licences de développement des mesures techniques de protection sont accordées aux fabricants de systèmes techniques ou aux exploitants de services qui veulent mettre en oeuvre l'interopérabilité, dans des conditions équitables et non discriminatoires, lorsque ces fabricants ou exploitants s'engagent à respecter, dans leur domaine d'activité, les conditions garantissant la sécurité de fonctionnement des mesures techniques de protection qu'ils utilisent.

Extrait de la FAQ

17 / Qu'est-ce qu'un logiciel libre ? Les mesures de protection vont-elles empêcher leur utilisation ?

...

Le projet de loi ne concerne qu'un tout petit domaine du logiciel libre, celui des logiciels de lecture des oeuvres protégées.

Il ne remet pas en cause certains droits importants pour le logiciel libre, comme « l'exception de décompilation », qui permet de décoder un logiciel pour en comprendre le fonctionnement et recréer un autre logiciel interopérable, ce logiciel peut ensuite être diffusé sous une licence libre. Les mesures de protection n'empêchent pas l'utilisation de logiciels libres pour écouter de la musique ou regarder un film, la diffusion du code source de la partie du logiciel (plug-in) qui décode l'oeuvre sera par contre limitée.

Tentons donc maintenant de faire une lecture de ces deux extraits, pour souligner les passages dont je ne sais si ils relèvent d'une naîveté touchante, d'un manque complet d'expertise, ou bien d'un mépris total envers l'intelligence du lecteur...

Rappel rapide sur les incompatibilité entre l'article 7 et les LL

L'article 7 de la loi rend (comme je l'ai déjà expliqué hier) l'acquisition de licences de DRM impossible. En effet, il sera impossible à aucun logiciel libre de garantir la sécurité de fonctionnement des mesures techniques de protection qu'[il] utilis[e].

Ahah. Visiblement, le gouvernement[1] s'est appercu de ce petit problème, et nous a concocté un petit paragraphe dans sa FAQ DAVDSI-pour-les-nuls. Il ne reste donc sans doute qu'à le lire, et tout sera clair !

Lecture commentée de la FAQ du ministère de l'éducation

Le LL est à peine concerné ... (hihihi)

Le projet de loi ne concerne qu'un tout petit domaine du logiciel libre, celui des logiciels de lecture des oeuvres protégées.

Ahh ouf, je suis rassuré. Parce que en première lecture j'avais cru que ca aurait concerné :

  • les navigateurs (qui vont voir des sites, et donc des images, des textes sur fond sonore) ;
  • mon lecteur de musique ;
  • mon lecteur vidéo ;
  • mon lecteur PDF/PostScript ;
  • mon client mail (eh oui, on peut se faire envoyer des contenus par mail, et la plupart des clients mails affichent des images non ?) ;
  • mon éditeur de texte (oui, moi, informaticien d'une autre époque je lis des textes dans mon vim favori[2], et ces textes parfois, ne sont pas libres[3]) ;
  • ...

C'est vrai qu'après tout ca ne concerne pas le reste des logiciels libres. euh... mais... est ce qu'on ne vient pas de citer la liste exhaustive des applications (hors jeux) les plus utilisées par les particuliers ?

Il est vrai que proportionnellement au nombre de lignes de code de logiciels libres écrits dans le monde, ca ne représente qu'une faible part du partrimoine des Logiciels Libres. Mais je doute que ca soit la métrique judicieuse...

Les principes du LL ne sont pas remis en cause (mouahahahaha)

Après un rappel décent des 4 libertés du logiciel libre, on nous explique gentillement que le projet de loi ne remet pas en cause certains droits importants pour le logiciel libre, comme « l'exception de décompilation » et que surtout Les mesures de protection n'empêchent pas l'utilisation de logiciels libres pour écouter de la musique ou regarder un film sous la simple condition que le code source de la partie logicielle qui réalise le décodage soit fermée.

J'avoue que cette partie est grandiose, et demande plusieurs commentaires. Le premier, que tout le monde a relevé, a reçu de la part de Tristant Nitot une remarque sarcastique et caustique, que je ne peux que recopier :

On le comprend bien, le coup du plug-in propriétaire dans le code source Libre, ça fait bien un logiciel non-Libre. (C'est même tordant comme concept quand on y pense : "C'est du logiciel Libre, mais sauf le truc essentiel" !).

Je crois que tout est dit sur ce point. Messieurs les législateurs : l'insertion d'un morceau de code fermé dans un logiciel libre est en contradiction avec la license de la plupart d'entre eux (en particulier ceux sous license GPL mais pas exclusivement). Et je m'abstiendrai de critique l'énorme inexactitude quant à la définition de plug-in, laissant ça à des pinaillages techniques[4] prématurés.

Maintenant, je souhaite souligner un autre point risible de ce commentaire, à savoir la partie concernant l'exception de décompilation. Tout d'abord, le lecteur attentif remarquera que ceci n'a rigoureusement rien à faire dans le paragraphe Logiciel Libre. Le droit à la décompilation dans le cadre de l'interopérabiilté est un droit offert à tous les logiciels. Cette remarque me fait l'impression d'une volonté de remplissage sous l'item « Logiciel Libres » de cette FAQ. Un peu comme si l'auteur avait perçu la pauvreté et la faiblesse de son argumentaire.

Le lecteur intéressé lui (on supposera qu'il est aussi attentif) va dépasser ce sentiment désagréable d'être mené en bateau, pour tenter de comprendre cette affirmation et d'en saisir la portée. Il est dit que cette loi n'interdit pas de décompiler un logiciel pour comprendre le DRM. Chouette alors !!! Ah ben oui, mais une fois qu'on a décompilé, on peut donc écrire un logiciel qui peut lire des contenus avec des DRM alors ? Bah non mon pauvre, parce que on se retrouve dans le cas que j'ai déjà expliqué, d'un projet qui sera trivialement détournable pour lire des contenus protégés, retour à la case départ. Et là, le lecteur intéressé sait que ça n'est pas qu'une impression, il a été mené en bateau.

Cette loi est donc intrinsèquement incompatible avec le logiciel libre. Et là, on se dit, mais après tout, le Logiciel Libre, on s'en fiche. Ce ne sont qu'une bande de troublions, qui font de la concurence déloyale aux Vrais Informaticiens que sont Microsoft, Sun, IBM et leurs amis !!! Mais messieurs du gouvernement, pourquoi diable alors est-ce que plusieurs collectivités territoriales et locales sont en train de migrer vers des solutions libres ? Ne serait-ce pas se tirer une balle dans le pied ???

Notes

[1] je ne sais qui est responsable de chacun des textes que je cite, donc tantot le gouvernement est plutot le législateur, tantot le ministère de la culture ou son service de communication, je laisse à chacun le loisir de rendre à César ce qui lui appartient.

[2] J'y ai même tapé ce texte avant de le publier !

[3] J'avoue j'ai un peu honte, et je consulte des spécialistes pour arrêter.

[4] peut ou ou non utiliser des greffons non libres dans un logiciel libre ? la réponse est : ca dépend.

Sunday 15 January 2006

DAVDSI - Déroute Anoncée du Virtuel, par Déficience de ses Systèmes Immunitaires ...

Je ne vais pas faire de présentation de DAVDSI, je ne suis pas juriste, et d'autres[1] l'ont déjà fait, bien mieux que je ne saurais sans doute jamais le faire. L'article Wikipedia est (comme toujours) très clair

Je vais plutôt revenir sur les différents problèmes que cette loi soulèvent et qui font actuellement débat. Je relève essentiellement trois grands axes :

  • la légalisation du peer-to-peer et/ou la licence globale ;
  • l'incompatibilité avec les logiciels libres ;
  • la protection juridique des DRM.

Ce projet de loi se veut (en tout cas c'est comme ça qu'en tant que citoyen il me'a été présenté, et comment je l'ai compris) de mettre un cadre juridique autour des échanges numériques, notament sur Internet (mais aussi de n'importe quel support numérique vers un autre).

Légalisation du peer-to-peer ? ou licence globale ?

Actuellement, le peer to peer et les échanges de fichiers sur les réseaux sont dans un état de vide juridique, ce sur quoi tout le monde est d'accord. Les internautes voudraient voir leur passe temps favori légalisé, ou au moins sans doute protégé des inquisitions de la RIAA. Les distributeurs eux (et je souligne le terme distributeur à opposer à auteurs) sont contre, puisque ceci représenterait une perte nette dans leur buisness. Je tourne ma phrase au conditionnel parce que je ne veux pas entrer dans les débats sur le fait que le p2p est ou non bénéfique aux distributeurs. D'autres l'ont fait (par exemple dans Confessions d'un voleur de Laurent Chemla, puis plus récemment Roberto Di Cosmo dans sa lettre ouverte à Eddy Mittchell. Mais pour autant que je respecte monsieur Di Cosmo (dont j'ai d'ailleurs suivi les cours passionnants[2]), je pense que lui, ainsi que tout ceux qui se battent pour ou contre la licence globale se trompent de combat.

Je m'explique : les défenseurs de DAVDSI savaient que ça serait un gros point de débat, et étant le point auquel les distributeurs de contenus sont le plus sensibles, ils se sont très largement préparés à ce débat. C'est donc un terrain dangereux, où il est facile de ne plus être pris au sérieux. D'autant plus que par exemple l'étude de la SPEDIDAM me parait totalement biaisé (il ne propose que le choix licence global versus illégalité, ce qui donne au résultat une majorité de gens pour la licence globale, alors que c'est plutôt une majorité contre l'illégalité).

Mais j'ai dit que je ne voulais pas m'enfoncer plus loin dans ce débat, parce qu'il est surtout prématuré. Le réel problème est que l'on ne sait pas qui ou qu'est ce qu'on protège. Il manque un réel débat et travail de fond sur la propriété intellectuelle vis à vis des nouveaux problèmes soulevés par l'ère numérique. Nous n'avions pas connu ça depuis Gutemberg, bien sur ça commence un peu à dater ...

Au lieu de se poser cette question, qui me parait pourtant préliminaire au reste du débat, on voit de toute part les gens se ruer vers des lois-rustines, et cache-misère. Car DAVDSI est une loi hâtive qui veut au plus vite appliquer un sparadrap sur la fissure que représente le p2p, sous la pression des distributeurs de contenus. Alors pour ou contre la licence globale ? personnellement je suis contre (et je ne rentrerai pas dans les détails du sujet ici, on en trouve une vague explication dans les commentaires sur le billet DAVDSI CODE (5)), mais comme les gens qui ont répondu au sondage de la SPEDIDAM, je suis encore plus contre le fait que ça soit illégal. Entre deux maux, je préfère le moins dangereux pour moi.

Mais la loi se limiterait à la licence globale, à la limite, je me dirais « à quoi bon ... », ça serait un mauvais précédent, mais la taxe sur les disques durs l'était déjà, c'est juste une prolongation. Malheureusement, la loi va plus loin, et ce sont ces deux points qui me posent le plus de problèmes.

L'incompatibilité avec les logiciels libres, et la protection légale des DRM

Mon inquiétude est liée à l'interdiction pénalement sanctionnée du contournement des DRM. Les ayatollahs du libres, ainsi que même des gens plus modérés, ont tout de suite noté l'incompatibilité flagrante de cette loi, avec les logiciels libres (je renvoie le lecteur au blog de Tristan Nitot sur ce point). Mais le problème me semble bien plus vaste.

En effet, même même si comme le souligne Me Eolas (que je cite) : La loi fait obligation aux utilisateurs (les maisons de disque et sociétés de production) de ces mesures techniques efficaces d'accorder "de manière non discriminatoire" des licences d'utilisation aux fabricants de lecteurs et concepteurs de logiciels de lecture, à condition que ceux-ci respectent à leur tour ces mesures.. Ceci fait qu'aucun logiciel libre (bien plus que les soucis de licence évoqués par Tristan Nitot) n'aura jamais aucune licence qui lui sera accordée : tant que le matériel informatique, ne supportera pas les DRM en propre, les logiciels capables de lire des contenus protégés vont nécessairement à un moment du processus de rendu (graphique pour les livres, audio pour les mp3, etc ...) avoir la version non protégée du contenu en mémoire. Le code source étant ouvert, n'importe quelle personne (même pas forcément de très grand hackers) sera capable de détourner un logiciel libre (son code source est ouvert !) pour récupérer cette version décodée du contenu, et en profiter pour le sauver.

Je ne suis pas juriste, mais il me parait très facile à un distributeur de contenus (par exemple Sony) de défendre devant un tribunal que même si le responsable du projet libre (par exemple VLC) qui lui demande une licence est sincère, que aucun développeur de VLC ne pourra assurer à Sony que leur logiciel ne sera jamais utilisé pour contourner les DRM. Tant que aucun matériel informatique ne sera capable de décoder des DRM lui même (enlevant cette responsabilité aux logiciels), aucun logiciel libre, et plus généralement open source, ne pourra posséder une telle licence, parce que la loi donne tous les outils aux distributeurs et éditeurs de contenus de l'empêcher.

Arrive donc ma seconde inquiétude : le jour où le matériel informatique saura gérer lui même les contenus protégés. En effet, le jour où l'ordinateur gérera lui même grâce au matériel toutes les protections numériques autour des contenus, nous serons arrivés à un rêve d'un consortium Microsoft-AMD-Intel appelé Palladium. Sous des prétextes de sécurité informatique, ce consortium vise à implanter dans le coeur de votre ordinateur, une puce qui sait si tel ou tel matériel respecte ou non les DRM[3], étant en charge de refuser la transmission d'un contenu sous sa forme décodée à un périphérique « louche ». Bien sur, pour être reconnu par cette puce (appelée puce TCPA comme « Trusted Computing Platform Alliance ») il faudra avoir montré patte blanche à ce consortium, payé le droit d'être reconnu, etc ...

Sur la FAQ TCPA vous pourrez lire pourquoi un tel système amènerait inévitablement l'informatique vers un monde tel que celui décrit dans la fameuse letter from 2020 dont vous pouvez lire une traduction fidèle[4]. Indépendament de toute considération personnelle sur le logiciel libre, la diversité est en tout lieu à maintenir. Que ça soit en politique, en biologie et en génétique, ... et en informatique. De la diversité naît la concurrence et la création. La diversité est mère d'innovation. Ce sont des lieux communs, mais je tiens à les rappeler. Un monde du multimédia où le DRM est roi, serait un monde de la culture unique, où Microsoft serait le Moscou du silicium, et où rien ne pourrait être fait sans l'aval du Camarade Gates.

D'autre part -- et je vais reviens ici sur mon affirmation sur le fait que DAVDSI est prématuré -- interdire le contournement des DRM amène directement à un monde où les contenus éditoriaux ne sont possédés que par les distributeurs (lire ce billet d'un autre juriste sur le sujet et les commentaires 22 de Luc Saint-Élie et mon précédent billet lui aussi commentaire sur le blog de Me Eolas). Bien plus loin que des problèmes de copie privée, c'est le patrimoine culturel de l'humanité qui serait entièrement possédé et géré par les distributeurs (comprendre Sony, Universal, Microsoft, ...). Une seconde lecteure de la letter from 2020 me fait avec une telle loi encore plus froid dans le dos.

Une telle loi fait que le patrimoine culturel d'une nation entière sera divisée entre les serveurs de grosses multinationales, qui n'auront en plus à priori aucun devoir de les conserver (!!!!!) ou d'en prendre un soin particulier. La meilleure arme contre l'oubli et la perte de document, c'est la dispersion des contenus, et la réplication (en parler aux bibliothécaires d'Alexandrie ... même Sony n'est pas à l'abri d'un incendie ... ou d'un pirate qui lui détruitait tous ses serveurs !). L'État français est en train de soutenir une loi, qui mène au final à une dépossession de sa culture (comme ça on pourra faire des économies sur un ministère après tout... pas con!). Et je vous épargne (parce que ce billet est déjà bien assez long) ma petite théorie sur les relations entre monopoles et puces DRM/TCPA (je suppose de toute façon que ce sujet est abordé sur la FAQ TCPA).

Bref, au lieu de se demander qui doivent être les garants de notre culture, et de nos contenus numériques, l'État ne se préoccupe que de surprotéger des multinationales déjà surpuissantes, de conforter leur monopole, et de surtout permettre en le gravant dans le marbre de la loi[5] les principes qui pourraient permettre à ces même multinationales de devenir les Big Brother de demain.

Edit [8/02/05]: Tristan Nitot publie aujourd'hui un billet sur les DRM en réaction à Comment j'ai perdu ma musique légale. Je dois dire que même connaissant ce problème particulier depuis quelques années, je n'avais pas pensé à le citer dans ce billet. Lisez ces deux articles/billets ils valent le détour !

Notes

[1] voir le billet Le DADVSI Code(5) : l'Opus d'Elie de Maitre Eolas sur le sujet.

[2] si si, je le pense.

[3] et ce de manière incontournable.

[4] Je n'arrive pas à retrouver un pointeur sur l'original...

[5] et c'est sans doute ça que je trouve le plus scandaleux.

Friday 13 January 2006

Le DADVSI Code(5) : l'Opus d'Elie -- réponse à Maitre Eolas.

Je reposte sur mon blog une réponse que j'ai faite sur le blog de Maître Eolas vu sa longueur :

Le problème des transmissions de données est réelle. Vous parlez des 45tours ou VHS que vous ne savez sans doute plus lire, ou des livres trop vieux pour qu'ils vous intéressent. Vous avez raison, il y a des 100aines de gens comme vous (moi le premier). Mais il y a aussi des "geeks" du patrimoine qui ont tout le matériel pour faire la conversion des VHS vieillisantes vers des divx (avec tous les filtres pour nettoyer les bandes), ou des gens qui ont fait l'acquisition numérique de leurs vieux vinyls, etc... Et on se retrouve avec une migration d'anciens contenus vers de nouveaux stockages. Le patrimoine est sauvé. Surtout avec les outils comme google qui permettent de trouver tout même s'il n'y en a qu'un seul exemplaire.

Dans le cas de DRM comme ceux envisagés par DAVDSI, les seuls propriétaires des versions originales non protégées seraient les majors dans le cas de la musique par exemple. Même pas forcément les artistes eux même (certes, eux peuvent rejouer les morceaux -- et encore, pour une impro jazz ça ne sera plus la même par définition -- mais leur vie est par définition limitée). Du coup, pour que ces oeuvres perdurent, il faut faire confiance au majors pour avoir les protections nécessaires pour ne pas perdre les oeuvres. Même après un dépôt de bilan (si si, même Sony peut mourir un jour. Agfa l'a bien fait !).

Il faut aussi leur faire confiance pour mettre dans le domaine public les oeuvres qui sont plus vieilles que la durée légale de la protections des droits d'auteurs (quoique grâce à Disney cette durée tende vers l'infini ;p). Personnellement, je trouve que c'est mettre tous ses oeufs dans le même panier, et dans un bien mauvais panier. Les majors sont dirigées par le besoin de gain immédiat, pas humanistes (et je ne dis pas ca méchament, c'est dans leur nature, c'est inscrit dans la loi du marché, c'est juste un fait).

Bien sur, je crois que les gens ne prennent pas trop au sérieux la perte d'un morceau de musique. Mais quid d'un film d'auteur ? ou pire ... d'un livre ! Oui un livre peut être un contenu numérique : PDF, ebooks, ... existent depuis des années. Les livres de science fiction où il y a un objet electronique avec des pages (parce que il n'y a pas à dire l'ergonomie d'un livre, ca ne peut que se copier, difficilement s'améliorer) dont le contenu est lu sur une puce électronique et affiché sur des pages à écran souple (ca commence à exister, et je crois vraiment que notre génération connaîtra ces outils). Ca veut dire que si ces livres ont des DRM, après l'avoir lu, pouf, fini. Et là encore ce seront les maisons d'édition qui auront les originaux. Même les bibliothèques ne l'auront pas. elles auront juste une licence avec les différents éditeurs avec des "ebooks readers" spéciaux qui auront accès à tout ou partie du catalogue, moyennant license, bien sur à renouveler.

Et là encore, ca serait se reposer sur la bonne santé de ces éditeurs et leur honnêteté pour ne pas perdre tout le patrimoine culturel qu'ils ont entre les mains. etc...

OUI je comprends vos arguments. Mais à mon avis, un des rôles de l'État est d'assurer la transmission du patrimoine culturel (et de tout autre patrimoine en fait) de la nation (voir même des autres en fait) qu'il gouverne. Une telle loi, si ca n'est sans doute pas la seule nécessaire pour arriver à l'enfer que je décris (quoi que ...) est un pas non négligeable au delà d'un point de non retour où la transmission du patrimoine ne POURRA PLUS être controlée par l'état, parce que le patrimoine appartiendra à des multinationales apatrides, qui ne seront plus du tout sur le sol Français et ne répondront donc plus de la juridiction de la France.

Personnellement, je pense que DAVDSI a un vice bien plus profond que ce que les gens lui reprochent le plus souvent : c'est l'amorce d'un désengagement inéluctable de l'État de taches qui lui incombent en propre.

Il y a sans doute un parallèle à faire avec le service public... Si le service public est obligatoire, c'est parce que le tout privé amènerait les gens de la Creuse à ne pas avoir le téléphone (ou bien à des prix démesurés) à peine l'électricité ou l'eau courante. Si l'État privatise certains établissement (EDF étant sans doute le prochain candidat) il ne renonce pas à passer des contrats avec ces entreprises leur obligeant de respecter un service minimum. Ceci est possible parce que ces entreprises sont françaises, et vivent parce que l'État le permet. Et de toute facon, c'est sans doute l'État qui financera le manque à gagner d'EDF ou d'autres exemples (FT, la Poste, ...) sur les zones non rentables.

Peut on faire la même chose pour le patrimoine ? je prétends que non. Je vois mal quels seraient les arguments de la France face à la RIAA, Sony, Universal, ...

Bien sur IANAL, et je dis sans doute un tas de bêtises que vous corrigerez sans doute (ou peut-être pas si il y en a trop). Mais étant informaticien, et voyant le mal que font les DRM à notre profession (je ne fais allusion qu'à des DRM sur des document PDF, et qu'on ne peut lire que sur un seul poste Windows -- DRM oblige -- et que nous ne pouvons pas imprimer. autant dire que dans ce cas on prie pour que l'ordinateur n'aie pas à être réinstallé !!! parce que au prix du PDF en question, une start-up ne pourrait pas se permettre de le racheter indéfiniment) je ne peux pas rester sans rien dire.

Thursday 12 January 2006

GFDL the license that s**ks

Dato[1] has blogged about his reaction about the current positions agains GFDL in debian currently.

My concern wrt GFDL is simple :

  • documentation is vital for unexperienced users
  • we, fellow Debian Devellopers are NOT unexperienced users, and often either know where to find that documentation (like the GCC one) or don't really need it (for the KDE/GNOME apps manuals, we just know or guess how to use them[2]).

As a KDE packager, I would feel really sorry to have to prune any application manual, even ones without Invariants Sections. I'd like to remind some DD's that for some manuals, authors are not going to be found because they are not interested in Free Software anymore, or simply because they are dead.

I know that discussions with the FSF are really going nowhere (at least not fast enough). But still, I really think there is some possibility to have a new version of the GFDL where the DRM and transparent copies problems would be gone.

If we can have that, then since a lot of Authors use the classical licensed under the GFDL version 1.2 or (at your option) any later version we could accept in main any documentation that has no Invariant parts.

Free Software is about giving to *every* users more freedom. This GFDL story looks like taking documentation away from the users that needs it the most. It's :

  • an unfair choice
  • made by people that can live without those docs (I don't have any GFDL doc installed on my system that I've used. those that may be installed, are here because of some dependencies, not because I requested them to be here)
  • taking away the ability for some users to use their computer better, thus restricting their freedom[3].

It's not about a firmware here, or any hardware driver problem that you can work around by buying supported hardware. it's about having or having no documentation at all.

Notes

[1] I of course have seconded his proposal

[2] and if we have a question on an application, our question is unlikely to be answered in the doc, and we strace/read the sources of the application to be answered

[3] yeah, I got it, this GR is not compliant with the DFSG!</bad joke></bitterness>