L'Ipod et le Sénateur
Je suis tombé récemment sur cette histoire savoureuse d'un Sénateur Américain, à qui sa fille a offert un Ipod, et qui du coup, commence à considérer les technologies DRM d'une toute autre manière. Aussi amusante que cette histoire soit, elle n'est qu'une anecdote, et il ne faut sans doute pas espérer la voir se renouveler souvent. Néanmoins, ça tend tout de même à aller dans le sens de ce que je prétendais il y a deux semaines : les législateurs légifèrent sans savoir vraiment de quoi ils parlent.
En fait, avec tout ça, ce qui est dramatique, c'est qu'en fait, je ne vois personne se demander ce qu'on cherche vraiment à protéger, et qui doit le faire. Les États sont dépassés par la technologie, et mangent dans la mains des industriels qui sont à leurs yeux les seules références en la matière.
Dans la pratique, je considère qu'il existe deux types de contenus : ceux dont la consultation est liée au support, et ceux qui en sont déconnectés (même si le support peut représenter un atout de marketing).
Par exemple, dans la première catégorie se trouvent les livres : même si le contenu (le roman, la nouvelle, ...) est ce qu'on cherche avant tout, le support (le livre, le papier, ...) est primordial lors de la consultation du contenu: lire un livre électronique est bien plus fatigant et bien moins agréable que de l'avoir sur papier. On peut aussi y ranger la peinture, et les œuvres picturales : le support choisi fait partie intégrante de l'œuvre, et il est inconcevable de l'en détacher (sans en changer la nature en tout cas).
Dans la seconde catégorie, on trouve la musique, les films, ... En effet, que la musique soit sur CD, ou sous forme de mp3 (ou tout autre format musical), que le film soit sur DVD ou en DivX, la consultation est la même: le support est un support de stockage, et n'est pas du tout le support de consultation qui est l'écran d'ordinateur, le baladeur mp3, l'écran plasma High Tech, ou la vieille platine de salon.
Dans ces deux cas, je me suis posé la question (à laquelle je ne suis pas sur de savoir répondre de manière générique): lorsque j'achète un contenu d'une de ces deux catégories, qu'est ce que j'achète : le support ? le droit de lire le contenu ? le droit de posséder le contenu ?
Pour un livre, la réponse est très clairement : le support ET le droit de posséder le contenu. Ils sont indissociables. Mais pour une œuvre de la seconde catégorie, des œuvres qu'on pourrait qualifier de 100% numérisables, ça me parait moins clair.
La position des majors et autres multinationales est clairement que ce qu'on achète est le support : en effet, les DRM qu'ils défendent interdisent de dupliquer le support, et si le support est détruit, alors il faut le racheter pour l'avoir à nouveau. Mais justement, les consommateurs eux, considèrent que ce qu'ils achètent, c'est le droit de posséder cette œuvre, c'est une sorte de licence à vie. Un DVD est vu par le consommateur comme l'achat du droit pour toute sa vie de consulter cette œuvre. Et dans ce sens, il n'achète pas du tout un support, mais une copie originale, qu'il est à sa charge de faire vivre: si le support est détruit, et qu'il n'a pas fait de copie, alors tant pis pour lui. Il a perdu son œuvre.
On pourrait aussi imaginer un monde où le film est gravé à la demande, et où les distributeurs se souviennent de ce que vous possédez comme droits, et dans ce cas, une perte du support de votre coté revient à ne payer que le coût de revient d'un nouveau support, vu que vous vous êtes déjà acquitté du droit de possession de l'œuvre.
Lorsqu'on voit aujourd'hui, qu'un artiste touche à peine 10% de droits sur un CD vendu par exemple (sans doute moins en fait), pareil sur un morceau de musique vendu sur un portail en ligne, ... on se demande si de toute façon, il y a encore de l'espoir pour une autre vision de la propriété intellectuelle que celles que les distributeurs ont imposée.
